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Vendredi 13 avril 2007

Montrez-leur une 2CV, ils crieront. Cri d'étonnement, cri de guerre, cri d'admiration, cri de moquerie.

Ralentissez, dépassez les doucement en évitant ceux qui se jettent sous les roues, accélérez. Courses effrénées.

Arrêtez-vous, sortez, fixez le plus fier, poussez un cri. Il détale en hurlant et sa mère éclate de rire et le moque.

Marchez un peu, refusez les "cadeaux, cadeaux" qu'ils réclament, sentez dans la paume de votre main moite la main sèche et maigre de l'un d'eux, jetez un coup d'œil à ses grands yeux noirs implorants, essayez de ne pas lui donner de "cadeaux, cadeaux" ou craquez.

Marchez encore un bout de chemin avec ce bambin de 5 ans au bout du bras, un bon bout de chemin, sentez-le lâcher votre main, demandez-vous si sa mère le retrouvera un jour.

Revenez à la voiture, prenez-les 3 plus bruyants avec leurs cartables pour les amener à l'école, écoutez le silence qui alors se fait.

Souriez.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Vendredi 13 avril 2007

A l'occasion des JMJ de Paris en 1997, nous avions accueillis plusieurs festivaliers dans notre appartement : deux amies allemandes, des Italiens et un Burkinabé. Celui-ci avait pour prénom Jean-Constant et pour nom Hi Hi. C'est le nom que je lui avais donné moins d'une heure après avoir fait sa connaissance tellement il riait de tout. Chaque sujet, grave ou léger, triste ou joyeux, était

l'occasion d'un grand éclat de rire.

S'il fallait rebaptiser tous les africains qui rigolent comme Jean-Constant, il n'y aurait sans doute plus qu'un seul nom de famille dans toute l'Afrique Noire. Le rire est constitutif de leur mode de vie et de leur mode de communication dans une mesure qui dépasse de très loin nos habitudes. Quand en Europe, on dit d'une personne qui a des soucis qu'elle vieillit de 10 ans, on dira en Afrique de celle-ci qu'elle rajeunit de 10 ans.

Cette qualité évidente de prendre toujours la vie du bon côté en disant "C'est ça la vie!" a pourtant un revers énervant parfois car en y réfléchissant, je me dis que cette insouciance devant le futur est sans doute l'une des causes de leur incapacité (solidaire) chronique à ne pas sortir de la pauvreté et de la corruption. Mais au premier éclat de rire, j'oublie demain et je ris avec eux. Hi Hi.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Mercredi 4 avril 2007

Moïse tendit 500 CFA à "Papa le Magnifique" pour qu'il aille lui chercher un paquet de clopes. A l'autre bout de la table, Gaétan se tendit : "Papa" était son ami et s'il lui avait proposé de venir prendre une bière avec nous, ce n'était pas pour qu'un expatrié blanc le réduise ainsi à l'esclavage.

Ayant sans doute compris ce qui crispait la mâchoire de mon cousin, Moïse coupa la discussion sur la vie de chanteur du grand Mangala Camara – qui nous faisait l'honneur de sa narcoleptique présence – pour s'émerveiller de vivre dans le "pays du service" où chaque fois qu'une action un peu pénible se profile à l'horizon, apparaît en même temps le profil de celui qui va la faire à votre place  ; et dans l'ombre de celui-ci, en regardant bien, on peut apercevoir les contours d'un plus petit à qui il la confiera ; un œil exercé pourrait d'ailleurs voir le regard inquiet puis rassuré de ce dernier qui, avant même de se voir confier la tâche, s'assure d'avoir un encore plus petit à qui la refiler.

L'inconvénient évident de vivre au pays du service est qu'on apprend à se faire servir et que le retour sur terre française peut être un peu douloureux. L'avantage de la méthode est que la rémunération initialement prévue est vite répartie dans les différents échelons de la population.

A peine a-t-il terminé son témoignage sur le Mali, qu'apparaît "Papa le Magnifique" avec un paquet à la main. Il est allé vite mais il n'a pas trop couru. Sur le pas de la porte du maquis où nous commencions notre soirée, il avait tendu les 500 CFA au jeune de 15 ans assis sur sa bicyclette. Celui-ci avait sifflé entre ses dents pour interpeller le plus jeune de ceux qui improvisaient un foot avec une orange à qui il avait remis le billet et la commande. Courant 50 mètres, le footballeur avait attrapé son plus jeune frère qui s'était finalement acquitté de la tâche en trouvant plus loin des paquets de Marlboro "tombés du camion" à 350 CFA.

Il avait alors remis le paquet et les 150 CFA à son frère qui, en échange, lui avait tendu une sucette. Gardant 50 CFA pour son travail, celui-ci avait remis le butin au cycliste qui, prélevant sa commission, avait tendu le paquet à "Papa le Magnifique".

Nul doute que Jean de la Fontaine a fait dans jeunesse une petite escale au Mali.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Mercredi 28 mars 2007

Après une journée de piste cahoteuse, capote grande ouverte, à prendre du soleil et du bonheur plein la figure, nous avons déplié la tente, allumé un feu et dépoussiéré la guitare dans un petit coin de brousse à l'écart. Nous redoutions les nuées d'enfants qui se précipitent sur vous en criant "Bidon, Bidon !" ou "Cadeau, Cadeau !" ou "Toubab, Toubab" ou seulement "Ca va, Ca va ?" pour les plus discrets. Les sentiments que l'on peut avoir à l'égard de ces enfants vont d'un extrême à l'autre : une fois on prend en pitié leur misère qui fait d'une bouteille de plastique le plus précieux des trésors, l'autre fois on critique les touristes qui donnent des cadeaux à tout va et les encouragent dans la mendicité et l'assistanat.

Bref, nous recherchions la solitude et nous l'avions trouvée. Elle nous avait permis de refaire un peu le monde avant de sombrer dans un profond sommeil dans le nid douillet de la tente.

Au petit matin (je le sentais petit à la lourdeur de mes paupières), des gazouillis d'oiseaux me réveillèrent. Je me recalai prêt à retourner dans les limbes quand j'entendis au milieu des gazouillis de petits rires très doux et très aigus. Ces rires eurent le don de me mettre de bonne humeur et je sortis une tête de la tente pour découvrir quelle espèce d'oiseau avait emprunté à l'homme ce qui lui est propre.

Je tombai nez à nez avec 7 enfants en rang d'oignons, 5 filles et 2 garçons, qui arboraient un grand sourire et m'observaient (désormais silencieusement). Je les saluai. Ils rirent sous cape de leur petit rires cristallins et se remirent à gazouiller.

Mis en joie par cette découverte, je ne pus m'empêcher de réveiller Gaétan pour lui en faire part. Après avoir vainement essayé d'échapper à mon enthousiasme, il se réveilla pour de bon et avant de m'écouter sortit se soulager.

Quelques minutes plus tard, il revint sous la tente avec un grand sourire. Lui aussi avait été observé. De A à Z. Je renouvelai son expérience pour un même résultat. C'était un peu gênant mais très amusant. Cela rappelait le film  "Les Dieux sont tombés sur la tête" : les petits nous observaient avec une extrême curiosité, du lavage de dent au rangement de la tente, sans aucune gêne mais toujours en rang d'oignons, dans un silence entrecoupé de gazouillis et de petits rires.

 

La bouteille d'eau vide que j'avais laissée sur la voiture était toujours là. Ce n'est presque rien pour nous mais pour eux c'est presque tout : c'est le meilleur moyen pour eux d'emporter de l'eau lorsqu'ils vont à l'école (pour les plus chanceux) ou lorsqu'ils vont garder les chèvres (pour les plus nombreux). C'était presque tout pour eux, c'était à portée de leur main mais ils ne l'ont pas prise. Ils ont attendu sagement que nous nous réveillions. La malle que j'ai vissée à l'arrière de Rossinante et qui ferme à l'aide de 2 cadenas me parut alors bien superflue (en Afrique au moins elle l'était certainement dans la mesure ou mise à part l'arnaque de M'Bour, je n'ai pas eu à me plaindre du moindre petit vol, même le plus insignifiant).

Ayant enfin été apprivoisés par ces 7 petits, nous nous sommes détendus et avons vaqué à nos occupations suivis par 14 yeux toujours aussi attentifs. Finissant les bouteilles d'eau, nous leur tendîme les "Bidons". D'autres les réclamaient à cors et à cris. Eux, loin du flot des toubabs (blancs) n'ont même pas osé nous les demander. C'est pourtant ce qu'ils espéraient car ils furent ravis et leurs rires se firent plus sonores.

Ce n'est que lorsque nous quittâmes finalement le campement qu'ils quittèrent leur timidité pour nous remercier et nous témoigner leur sympathie en courant derrière la voiture et en criant. Contre deux bouteilles de plastique, nous avions gagné une grande banane J pour toute la journée.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Mercredi 21 mars 2007

Salut les amis,

 

 

Suivant avec une fréquence encore plus faible que la mise à jour de mes blogs cette rubrique, voici une petite photo des pyramides qui du haut de leurs 40 siècles contemplent ma petite 2cv.

 

Tout ça pour dire et prouver que me voici au Caire, accueilli comme un roi chez Benjamin et Amélie, après une deuxième traversée du Sahara (au nord de Tam) plus facile car goudronnée, quelques jours en Tunisie ou j'ai notamment pu camper dans le Chott el Jerid (désert de sel) et y faire griller des brochettes salées par un raclement au sol, une traversée assez rapide de la Lybie où j'ai croisé Khadafi dans un convoi de 600 voitures et 4 canons anti-aériens (il s'est arrêté pour me saluer et me sourire à travers la fenêtre) et enfin quelques jours d'étude, à l'ombre d'un souvenir de phare, plongé dans les livres anciens de la bibliothèque d'Alexandrie.

 

Le printemps s'annonce donc très bien et devrait voir Rossinante traverser Jordanie, Syrie, Turquie et Iran, voire Pakistan.

 

Je vous embrasse.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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