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Mardi 20 mars 2007

Au Burkina Faso, on ne connaît pas la 2CV, on ne connaît que la Baby. Et pour les Burkinabè, il y a deux sortes de Baby : les Baby mâles (il s'agit des Méharis) et les Babys femelles (il s'agit des 2CV). Je ne connais pas les Méharis mais je suis déjà d'accord avec eux sur le sexe de ma voiture (cf. article 2CV : Le baptême). Quand au nom de Baby, je signe des deux mains dès aujourd'hui pour ce nouveau titre.

Une mère en compagnie de son nouveau-né a tous les sens en éveil :

- Ses oreilles sont grandes ouvertes et chaque pleur est entendu et analysé avec précision : "Là il a faim", "Là il a une dent qui pousse", etc. – De mon côté, je garde l'oreille tendue et chaque nouveau bruit est sujet d'inquiétude mais comme une jeune mère avec son premier enfant, je manque d'expérience et interprète facilement les choses de travers. Il n'est donc pas rare que je donne un biberon à ma 2CV qui attend plutôt une vidange

- Ses narines sont dilatées et la moindre alerte donne lieu à une vérification en bonne et due forme – Je suis fier de déclarer que l'odeur de graisse de cardan brûlée n'a plus de secret pour moi

- Faut-il mettre branle les papilles gustatives ? Je ne sais pas ce que font les mères de ce côté là mais voyager en 2CV, c'est distinguer le goût de l'huile de celui de l'essence ou de la graisse, même lorsque s'y mêle celui du sable, de la terre ou de la latérite.

Une mère enfin parle à son bébé comme un maître à son chien, un jardinier à sa plante, un croyant à son Dieu, un conducteur à sa 2CV : le monde autour pense que ça ne sert à rien mais elle, elle sait que tout se joue ici ; elle partage avec lui ses craintes, elle fait pour lui les rêves d'avenir les plus fous : "Un jour tu iras en Inde, Baby".

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Mercredi 7 mars 2007

Voyager seul a de nombreux avantages sur lesquels je reviendrai sûrement mais voyager à deux, surtout après un mois seul et quelques déboires, est un luxe que je ne refusai pas : un parent, mon cousin Gaétan me faisait l'amitié de venir partager 15 jours de voyage au Mali.

Après être descendu de l'avion, il avait passé une courte nuit à Bamako puis était monté pour un trajet de 12 heures dans un bus dont je guettais fébrilement l'arrivée. Retrouvailles à minuit autour d'une petite bouteille de rouge et d'un saucisson sur une terrasse qu'avaient la délicatesse de délaisser pour l'occasion les moustiques ; des conditions idéales pour échanger nouvelles de la famille contre anecdotes de voyage, parfums de la vie quittée contre promesses de rencontres.

Le lendemain, après une visite à l'évêque, nous prenons la route direction Diéma. Je prends le volant et dispense conseils et remarques sur la façon de traiter Rossinante. Puis, je cède, avec plus de difficultés que je ne l'aurai cru, le volant à mon cousin : "Attention quand tu rétrogrades à ne pas passer en première, tu risques de tout péter", "Non Gaétan, quand tu entends le cliquetis, tu dois ralentir !", "Si je peux me permettre, je crois que tu attaques ce tournant à trop grande vitesse".

Il pensait sans doute retrouver un baba cool en voyage et se retrouvait en compagnie d'un monomaniaque. Je fus aussi surpris que lui par mon attitude mais il me fallut plusieurs jours pour monter à la place du passager sans stresser le conducteur.

Arrivant le soir à Diéma, nous appelons Djibrill, le contact que nous avait donné Jean-Parfait. Quand nous le joignons, celui-ci est en rade en brousse : il était parti chasser et a eu une panne de batterie. Déjà au téléphone, il est mort de rire. Nous partons le retrouver pour l'aider. Posté sur le bord du goudron, il nous intercepte et cours devant nous jusqu'à sa voiture en contrebas. Il boîte beaucoup mais compense avec une énergie à toute épreuve et une bonne humeur constante.

Il nous est finalement impossible de l'aider pour sa voiture car le mal est plus profond qu'il n'y paraissait. Il nous emmène donc chez lui et nous y laisse le temps de régler le problème.

Comme nous avons accepté la douche qu'il nous proposait, il nous a donné un seau d'eau qu'il avait faite chauffer et un seau d'eau froide et nous a montré la salle de bain : un coin du jardin entouré de 4 murs en terre. Je suis un peu surpris car jusqu'ici, j'ai toujours vu l'eau courante dans les villes croisées. Pas forcément chaude, mais courante. Toute la ville (pourtant grande) où il habite est en fait plus pauvre que ce que je pensais (il n'y a pas de goudron et je me suis presque ensablé en venant) et la maison de Djibrill contient strict nécessaire mais guère plus.

Après notre douche, nous comatons un bon moment devant des séries brésiliennes en attendant le retour de Djibrill et étant donné l'état de la R 21 qu'il a prise pour aller sauver l'autre voiture, je me dis que nous ne sommes pas prêt de le revoir.

Effectivement, celle-ci a eu aussi des ennuis mécaniques et c'est plusieurs heures plus tard qu'il nous emmène boire des bières avec son ami Mamadou dans l'un des nombreux "maquis" qui peuplent la région.

Ils ne se voient presque jamais, sont très bons amis et sont "parents à plaisanterie". La soirée est donc plus que joyeuse et les "Mon cher" qu'ils se donnent l'un à l'autre avant de mieux s'envoyer des vannes nous permettent de vaincre la fatigue et le froid par le rire.

Le concept de "parent à plaisanterie" est vraiment étonnant. Il existe dans toute l'Afrique noire et lie ensemble des familles deux par deux selon des règles ancestrales que je suis loin de comprendre. Ainsi par exemple au Mali les Diallo sont parents à plaisanterie avec les Sissoko. Il est donc impossible pour un Diallo et un Sissoko d'avoir de réels différends. S'ils se rencontrent, le Diallo va appeler le Sissoko son esclave et lui demander de faire telle chose pour lui. Le Sissoko va lui répondre "Ah non non non mon Cher, excuse-moi mais c'est toi qui es notre esclave, etc." et il vont tous les deux éclater de rire.

Le concept est étonnant mais la force qu'il a l'est plus encore : en effet, le concept de "parent à plaisanteries" est un véritable ciment de toute la société. Dans les  4 pays d'Afrique Noire que j'ai traversés (Sénégal, Mali, Burkina, Niger) j'ai pu voir qu'il créait certains liens privilégiés au cœur de la société avant même que les rencontres n'aient lieu et mettait à lui seul bonne humeur et fraternité au cœur de la vie des pays.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Mardi 27 février 2007

Le matin j'avais quitté la grande bleue à la faveur d'un lever de soleil qui éclairait les filets désespérément vides des pêcheurs Sénégalais. M'enfonçant dans l'Afrique de l'Ouest, je ne devais retrouver la mer que 10 000km plus tard en Tunisie si le Sahara, une mer d'un autre genre, m'y autorisait.

Je sortai du Festival Notre-Dame de la Paix de Popomguine où j'avais fait des rencontres très encourageantes (voir l'autre blog : etienne2cv.blogspot.com) qui me faisaient voir la vie en rose. L'auto-stoppeur simplet que j'avais ramassé sur la route me montrait une nouvelle manière de vivre, naïve et simple, profitant du moment présent.

Aussi, le cliquetis du moteur qui se laissait entendre à M'Bour n'entamait pas mon moral et lorsqu'à la station essence un homme se présenta à moi comme spécialiste des 2CV et des Méharis, je trouvai cette providence parfaitement logique.

L'homme avait l'haleine fétide - ma bonne disposition ne bouchait quand même pas mes narines - et j'écoutai son baratin à bonne distance. Son baratin me convainquit et prenant une longue inspiration, je l'invitai à monter dans la 2CV écouter le bruit suspect.

Après quelques tours de roues, il me confirme mon diagnostic: la boîte de vitesse est foutue. Puis après que je lui ai parlé de mes inquiétudes au sujet des amortisseurs et du bras de direction, il décèle deux nouvelles pannes qui, selon lui, auraient pu être dramatiques si je n'avais pas croisé son chemin. Pendant tout ce temps, il me balade dans M'Bour et je ne sais pas où il veut aller car nous nous retrouvons finalement au point de départ.

Là, il sort un papier et fait le compte des pièces détachées qu'il doit acheter ; comme on est amis, il ne me facturera pas la main d'œuvre. Afin que je bénéficie des prix africains et que je ne me fasse pas arnaquer comme les autres toubabs, ces riches idiots, le mieux est que je lui donne l'argent et qu'il aille acheter lui-même les pièces. En toute candeur, je vais au guichet automatique où je retire 80 000 CFA (en gros 120 Eur) que je lui remet. Il les prend, me dit de l'attendre dans la voiture. Je le regarde partir et tourner au coin de la rue…

… et re … (qui correspondent au différents essais de mon cerveau à se mettre en marche avant d'enfin y parvenir) C'est seulement à ce moment que je comprends tout : sa nervosité, son ton alternativement amical et menaçant, son hésitation à chaque coin de rue quand il me baladait dans la ville. C'est comme dans Usual Suspects : une fois que tu connais la fin, tu peux revoir et comprendre les détails. La fin, elle est simple. Je ne sentirai plus jamais ni son haleine fétide ni l'odeur de mes  billets tout neuf. Je me suis fait avoir comme un bleu.

En plus de 80 000 CFA, je viens de perdre confiance en l'Homme et c'est abattu et découragé que je me mets en quête d'un vrai mécanicien pour Rossinante.

Mais tout est bien qui finit bien et comme à chaque fois depuis le début, chaque galère est suivie d'une rencontre qui la rachète, voire la rend a posteriori nécessaire. En effet, plusieurs Sénégalais m'ayant pris en pitié me dirigent vers le vrai mécanicien des 2CV, un jeune de 20 ans qui connaît leur mécanique sur le bout des doigts. Celui-ci prendra une journée complète pour bichonner la petite (dont ½ journée le jour de la Tabaski = fête du mouton = Aïd), m'offrira sa chambre pour la nuit et enfin, partagera avec moi l'un des milliers de mouton égorgés ce jour là.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Mercredi 14 février 2007

Au Maroc, je m'étais fait arrêté pour excès de vitesse, 42 km/h au lieu de 30 et afin de gagner du temps et de l'argent, j'avais cédé aux sirènes corruptrices du policier en lui donnant la moitié du montant de l'amende sans reçu comme il me le proposait très naturellement.

La veille, j'avais appris qu'un classement international avait placé le Maroc parmi les pays les plus corrompus, là, j'en faisais l'expérience. Je ne sais pas à quel rang se situait le Sénégal dans ce classement mais il ne devait pas être très loin.

Le lendemain du soir où, contre bakchich, j'avais importé illégalement de la marchandise mexicaine, je repars de Saint-Louis direction Dakar. Ici aussi la vitesse est limitée à 30 km/h en ville mais personne ne le respecte et tout le monde roule à 40 ou 50.

Au milieu d'une longue file de véhicules, je roule avec le flot mais les policiers n'arrêtent que moi et avec un grand sourire, le policier chargé de mon cas me demande les papiers du véhicule, l'assurance, le carnet de passage en douanes. A la disparition du grand trait blanc qui barrait sa figure, je vois qu'il constate avec dépit que je suis en règle.

Il réfléchit quelques secondes puis me dit : "Ah quand même monsieur, vous rouliez trop vite. La vitesse est limitée à 30 ici et vous alliez au moins beaucoup trop vite."

Sentant qu'il raconte n'importe quoi, je proteste, je roulais avec le flot et j'ai été le seul arrêté, en plus, je ne suis même pas sûr que je roulais trop vite et s'il veut m'arrêter pour excès de vitesse, il n'a qu'à me fournir une preuve.

Il réfléchit à nouveau, un peu plus longtemps, et pond sur place une nouvelle infraction : "Ah non non non monsieur, je ne vous arrête pas pour excès de vitesse monsieur, pas du tout. Je vous arrête pour vitesse excessive et comme chacun le sait, cette infraction est laissée au libre jugement du policier."

J'éclate de rire devant tant de logique et tant de simplicité. Il éclate aussi de rire et reconnaît implicitement sa fourberie mais il ne lâche pas prise et obtient après d'âpres négociations 2 000 CFA tout droit sortis de mon portefeuille.

Au prochain classement mondial, j'espère être  le français le plus corrupteur.

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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Mercredi 14 février 2007

Salut les amis,

 

Etant donné que mes 2 blogs ont chacun plus d'1 mois de retard et suivant les conseils avisée de ma sœur Laure, voici une nouvelle rubrique dont l'unique objectif et de vous dire où j'en suis.

 

A priori dans cette rubrique : peu ou pas de texte, une ou deux photos, peut-être un film et la carte mise à jour de mon degré d'avancement.

 

Pour cette première de la rubrique, je suis à Tamanrasset (Algérie) où je viens d'arriver de la partie qui me faisait le plus peur pour la belle Rossinante : la traversée du Sahara. Finalement pas de problème majeur et une expérience incroyable (à suivre dans un mois environ de manière plus détaillée.

Je vous embrasse.

Etienne

Par Etienne - Publié dans : etienne2cv
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